vendredi , 20 octobre 2017
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Mariem Mint Derwich : Ecrire

arton3790-7e366J’ai toujours écrit sans réfléchir, sans ruminer mes mots, sans les chercher, sans tenter de donner un ordre à mon écriture. j’ai toujours écrit ainsi. Je n’ai jamais recherché une couleur particulière, une « culturalité » qui voudrait donner à ce que j’écris des racines, des liens, un sens. J’écris comme je vis, comme est ma vie. Il m’a été reprochée, gentiment, mon manque de »mauritanité » dans mes écrits. Ecrire devrait il avoir une « couleur », n’être que la voix communautarisée d’une perception de la vie ? Doit on écrire selon un schéma précis, une métrique précise, une versification précise ? L’écriture n’est pas communauté. Autant elle peut être la voix d’une communauté, autant elle est libre. En tous cas, mon écriture est libre. Elle n’a pas de drapeau, elle n’a pas de couleurs, hormis celles qui viennent de moi.
Et je ne me sens jamais autant mauritanienne et africaine que quand j’écris…
Et jamais autant femme.
Je refuse les diktats qui voudraient que je doive versifier et rimer ; je considère la rime comme un exercice intellectuel, et non pas comme souffle et création.
Autant j’admire et j’aime la poésie rimée, autant je pense que la liberté est la base de l’écriture.
Mon écriture est sensuelle. Jouer avec les mots doit relever de la sensualité, sinon nous ne restons que dans l’apparence des choses.
On doit aimer les mots, faire l’amour avec eux, les caresser et, surtout, leur laisser toute la place.
Et c’est bien cette sensualité de l’écriture qui rend un texte beau.
Celui qui n’a pas entendu la musique des mots, qui n’a osé casser les schèmas et les codes, qui n’a pas repoussé les pseudo lois de l’écriture, n’aime pas l’écriture, refuse les mots….
Celui qui n’a pas entendu l’amour qui est dans les mots, l’érotisme de l’écriture, n’a pas encore fouillé assez profond en lui pour aller empoigner ce que j’appelle les « mots du ventre ».
J’écris « érotiquement », comme on aime, « érotiquement ».
J’écris « sensuellement », comme on aime, « sensuellement ».
J’écris ce qu’il y a là bas, derrière mes yeux. Et mes yeux ne veulent pas être prisonniers….
l’écriture n’est pas là pour donner un sens au monde, à tous les mondes, ce serait orgueil que de dire cela.
L’écriture est sens à mes yeux, sens de moi….
Mon écriture n’est pas « mauritanité ».
Elle est femelle, elle est masculine, elle est plurielle, en ce sens que mes métissages m’ont offert le monde en partage et en cadeau.

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