vendredi , 20 octobre 2017
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La problématique de l’esclavage en Mauritanie n’est point une affaire Américaine

Vendredi 8 septembre 2017, un groupe de ressortissants américains a débarqué sans crier gare, à l’aéroport international de Nouakchott.

Ces personnes  ne disposant pas de visas  d’entrée au pays, les autorités compétentes mauritaniennes, leur ont refusé l’accès en Mauritanie et leur ont fait rebrousser chemin en direction de Paris  à bord d’un avion d’Air France ; car ces personnes n’avaient jugé utile ni d’édifier  ces autorités  sur les motifs de leur visite  ni de leur communiquer  le programme de leur séjours dans le pays. Elles sont aux dernières nouvelles  à Dakar, d’où  elles  s’emploient résolument  à exécuter leur plan et donc d’accomplir la mission qu’elles ont préalablement définie.

Ces individus  disent qu’ils appartiennent  à des ONG Américaines  concernées par  la lutte contre l’esclavage  et que l’objet de leur  venue en Mauritanie , au demeurant , est de prendre la mesure  de l’ampleur  des pratiques esclavagistes  sur lesquelles ils disposent d’informations alarmantes, qu’ils prennent  sans réserve pour argent contant. A cet égard, il convient de dire sans ambages, que le sentiment anti-esclavagiste est, en lui-même, on ne peut plus, noble et que le combat contre ce fléau d’un autre temps  est une activité absolument méritoire et tout à fait respectable ; en raison, entre autres, du souci  de la préservation  de la dignité humaine  qui la sous-tend.

Il faut cependant préciser à cet égard,  que ce qui vaut pour la lutte contre l’esclavage, vaut pour la lutte contre les autres formes d’oppression, de tyrannie et de violence sous toutes leurs formes. Il demeure néanmoins que la rationalité, le bon sens et le souci d’efficacité voire de crédibilité, à cet égard, requièrent que le degré de priorité  et d’urgence qu’il faut prendre en compte pour entreprendre de remédier  aux désastres et fléaux  qui adviennent dans un pays ou un autre, ainsi que l’importance qui doit leur être accordée, doivent être commensurables avec le degré de gravité  et l’ampleur du dégât  que ce désastre  ou ce fléau  est susceptible de causer, à court, à moyen et à long terme . C’est dire  qu’il devrait logiquement y avoir une hiérarchisations des priorités  à observer en la matière en fonction du degré d’urgence et de dangerosité suivant lesquelles   une intervention salvatrice devrait être envisagée par les bons samaritains.

Or cette urgence se mesure à l’aune des menaces à la cohésion sociales des peuples, la stabilité des nations et à la sécurité régionale et internationale. Compte tenu donc  de ces considérations, il aurait été  plus indiqué , plus logique  et surtout plus prioritaire  pour ces militants des droits humains Américains, sans doute mus par des sentiments généreux, venus de si loin  dans notre pays pour engager une lutte contre les séquelles et les retombées  d’un esclavage  déjà socialement battu en brèches par les patriotes anti-esclavagistes mauritaniens et est juridiquement criminalisé et combattu par les Autorités  du pays .Da plus, étant données la paix sociale, la stabilité politique, la sécurité et la sérénité qui prévalent en Mauritanie dans le contexte international actuel tourmenté, le combat contre l’esclavage  en Mauritanie que  les militants Américains sont venus de si loin mener chez nous,  n’est aucunement une urgente nécessité, car, Dieu merci, il n’y a pas feu en la demeure à moins que d’aucuns veillent l’y mettre .

Il est par contre  beaucoup plus judicieux  pour ces militants manifestement très dévoués – ce qui es tout à fait à leur honneur-  de rentrer sans plus tarder  aux Etats-Unis  pour prendre part à la lutte acharnée  menée dans ce pays  pour remédier à la situation désastreuse  des Africains-Américains, des Américains  d’origine Asiatique, des latinos  et des Indiens

( menacés, eux, d’extinction), d’autant que les affrontements raciaux  sanglants  qui éclatent de façon répétitive  dans presque tous les Etats Américains, constituent  une menace très sérieuse  pour la cohésion et la stabilité  de ce  grand pays dont  la sérénité  est fondamentale pour la sécurité internationale .

Il va sans dire que ces explosions de violence ne sont pas fortuites, beaucoup s’en faut ! Elles sont au contraire,  symptomatiques d’un profond malaise  vécu par les Africains-Américains et les autres minorités du pays. Ce malaise  résulte à l’évidence du racisme  patent  dont les noirs américains sont les premières victimes. Il provient aussi de la marginalisation  voire de l’exclusion pure et simple qui est leur lot quotidien dans leur propre pays. Les chiffres suivants en sont une preuve on ne peut plus éloquente.

Les noirs Américains qui représentent 12,5%  de la population sont quasiment exclus  des postes élevés de responsabilités tels que les ministres, les ambassadeurs et les hautes fonctions fédérales.De plus, bien qu’ils constituent 17% de l’armée fédérale  ils ne représentent que 9%  du corps des officiers supérieurs.

Cela vaut également  pour les autres minorités  du pays. Cette exclusion, ce mépris, et ce racisme  dont sont  victimes  les citoyens noirs américains, sont en grande partie, à l’origine  des affrontements raciaux sanglants qui explosent  de manière récurrente dans tous les états  Américains  et dont on peut citer à titre d’exemple :

– Les   événements de Missouri  en Aout 2014

– La tuerie de Charleston, South Carolina en 2015

– Les incidents sanglants de Bâton Rouge, de Falcon Hights et de dallas en 2016, pour ne citer que ceux-ci.

Par ailleurs le rapport de l’Organisation Américaine : US HUMAN RIGHTS NETWORK publié en Aout 2010, fait ressortir  que « le racisme s’étend à tous les domaines  de la vie  aux Etats-Unis et qu’il existe au niveau  de toutes les collectivités locales ».

De plus des statistiques  ont fait ressortir  que le taux de chômage parmi la communauté noire  dépasse les 15,5% soit 2 fois plus que  chez les blancs ; et que 40%  de la population carcérale  sont des noirs.

D’autres études ont montré que l’intensité de la violence  exercée contre les noirs  a atteint en  2016  un degré jamais enregistré depuis  plusieurs  décennies ; ces études ont fait  ressortir également    qu’un homme noir sur 3 est derrière les barreaux ! Il y’a lieu de préciser  dans cet ordre d’idées que les autres  minorités constituées par les Indiens, les Asiatiques, et les Latinos  qui représentent 5% de la population,  n’ont point un meilleur sort que les Africains-Américains. Cette situation  affligeante  de la société  américaine frappent les observateurs  et doit préoccuper les militants de droits de l’homme surtout américains et particulièrement ceux qui s’inquiètent beaucoup  de  l’esclavage en Mauritanie et volent au secours des victimes de ce phénomène dans notre pays ; bien qu’il soit, grâce à Dieu, à l’abri  des affrontements raciaux  récurrents  qui ensanglantent périodiquement de nombreux états Américains  et dont l’ampleur peut s’élargir considérablement avec la suppression  envisagée par l’Administration Tramp du programme  social dit Obama care qui était  destiné à alléger  les souffrances des plus démunis qui sont en majorité les citoyens noirs.

Par ailleurs, parmi les foyers de tension extrême totalement embrasés  où des violences  inouïes, les atrocités indescriptibles, les exactions  horrifiantes  et inqualifiables des droits de l’homme, telles que les exécutions sommaires, les viols caractérisés, les épurations ethniques et qui méritent d’être placées au top des priorités des militants des droits humains  où qu’ils se trouvent,  y compris ceux qui ne semblent n’avoir d’yeux  que pour le phénomène d’esclavage en Mauritanie ; parmi ces foyers , dis-je,  il y’a le cataclysme apocalyptique qui se déroule actuellement au Miramar , en Birmanie et dont est victime le peuple de Rohingyas ; Il y’a aussi  la catastrophe  qui se déroule au Yémen , sans parler des atteintes atroces aux droits  humains en l’occurrence    ( les assassinats, les expropriations, les déportations massives, les  emprisonnements arbitraires, les spoliations et les déportations)…que les Autorités d’occupation Israéliennes  font subir quotidiennement aux palestiniens ; sans oublier les exactions  cruelles  commises par les milices  sectaires  contre les populations Sunnites en Syrie et en Irak… Toutes ces atteintes extrêmement graves portées aux droits humains  les plus élémentaires auraient logiquement dû inciter les militants de droits de l’homme accourus dans un pays  apaisé  tel que la Mauritanie, à voler sans tarder au secours des victimes Rohingyas, Yéménites ,Palestinien ect..Qui ont besoin eux, plus urgemment d’être assistés, secourus et consolés que les victimes d’un esclavagisme circonscrit, localisé et en régression.

Ce sont là des questions que l’on ne peut s’empêcher de se poser quand on voit l’ordre de priorité suivant lequel opèrent  les militants Américains qui se sont précipités éperdument dans  notre pays  pour soit disant lutter contre  les victimes  de l’esclavage atroce supposé sévir à grande échelle en Mauritanie !

A ces militants dont la philanthropie est très sélective  et circonstanciée, il convient de dire qu’il faut avoir  une attitude rationnelle, logique et partant crédible et convaincante. Il doit en outre leur être dit  qu’il faut d’abord balayer devant sa porte  car charité bien ordonnée commence  par soi-même, comme on dit.

Pour ce qui est de l’esclavage en Mauritanie, qui est en fait quelle que soit son étendue, une plaie douloureuse qui doit de toute urgence être pansée, traitée et guérie  par les efforts des patriotes anti esclavagistes authentiques , responsables et sincères, par ceux des autorités  et ceux des victimes  elles-mêmes  et qui ne doivent d’ailleurs plus accepter  d’être maintenues  en esclavage par des individus ignorants  et arriérés qui vivent dans une autre chronologie.

Notre pays ne doit cependant pas accepter  que quiconque  lui dicte la conduite à suivre  face aux problèmes auxquels il est confronté ; car on n’a pas de leçons à recevoir de qui que ce soit  en matière d’éthique et de démocratie surtout pas de la part de ceux dont le palmarès est bien connu  en matière d’agression, d’occupation, de déstabilisation, des manœuvres pour l’émiettement des nations  et de menaces ourdies contre la sécurité internationale .

Nos militants authentiques  des droits humains auxquels il est loisible  de mener à  bien  leurs actions humanitaires, doivent  toutefois et à tous prix éviter de se laisser noyauter et manipuler par des organisations étrangères aux desseins obscures et aux agendas flous et qui sont très souvent  des paravents  utilisés pour la réalisations d’objectifs  occultes et inavoués  des puissances hégémonistes et très souvent à la faveur des divisions des composantes sociales  des nations  dans le but prémédité de favoriser la création  d’entités fantoches  à couteaux tirés  et aux ordres  de ces puissances. Les exemples de l’Irak, de la Lybie, de la Syrie et du Yémen sont plus qu’édifiants à cet égard.

La Mauritanie est au demeurant pleinement consciente  de cet état de fait  et fera de son mieux pour éviter de tomber dans ce piège.

Les forces vives patriotiques  du pays quels que soient leurs champs d’activités  et les causes qu’elles défendent, sont pour la plus part trop averties  et responsables  pour écouter les chants de sirènes qui appellent pour la perdition    ou se laisser leurrer par des miroirs aux alouettes nuisibles aux intérêts  fondamentaux de leurs pays, en l’occurrence  la cohésion sociale, l’unité nationale, la sécurité et la stabilité de la nation Mauritanienne.

Ces objectifs stratégiques, la Mauritanie  y tient fortement et toute amitié offerte par une tierce partie  qui ne tienne pas compte, de ces objectifs, le pays n’en a cure.

Le célébré poète Arabe Abou Taleb Al Mutanabbi n’a-t-il pas dit en substance dans l’un de ses fameux poèmes :

«  il est des amitiés pouvant être bénéfiques, et des amitiés susceptibles d’être nuisibles. »

Dr Mouhamed Lemine Ould EL KETTAB

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